Yoann Bourgeois,
acrobate-jongleur-danseur-trampoliniste, mais surtout joueur, est en résidence
10 jours en mars. Posons-lui quelques questions :
Peux-tu nous rappeler
ton parcours artistique ?
J’ai grandi dans le Jura. Mon premier contact avec le
spectacle s’est produit lorsque mes parents ont vendu la maison d’enfance à
Robert Miny, co-fondateur du Cirque Plume.
J’ai commencé par l’école du Cirque Plume à Besançon puis intégré
un cursus assez long d’écoles de cirque préparatoires (Lyon, Chambéry) puis l’Ecole
Nationale des Arts du Cirque de Rosny-sous-Bois et le Centre National des Arts
du Cirque de Châlons-en-Champagne. Le CNAC a accepté ma proposition d’être en
alternance avec le Centre National de Danse Contemporaine d’Angers. Et, au
moment où le CNAC organisait l’insertion professionnelle, j’ai choisi de partir
pour travailler avec la Cie Maguy Marin.
J’ai été permanent de la cie pendant 5 années. Ce qui ne m’a
pas empêché de continuer à collaborer avec d’autres artistes (Kitsou Dubois,
Petit Travers).
Mais surtout, avec la Cie Maguy Marin, nous avions un mois
de vacances en été, ce qui m’a permis d’inventer L’atelier du joueur.
Qu’est-ce que
l’atelier du joueur ?
C’est un désir venu en répondant à la question : qu’est-ce
que j’ai le plus envie de faire ?
Et bien, j’ai envie de jouer avec des gens que j’aime. Des
gens que je ne vois pas souvent ou des personnes que l’on croise…
A quoi
jouez-vous ?
A des jeux de vertige, des jeux de simulacre. Je recherchais
des jeux au croisement de ces deux grandes familles de jeux, en référence à
l’ouvrage de Roger Caillois « Les jeux et les hommes ».
J’ai souhaité convoquer à cet atelier des artistes issus de
pratiques différentes et je postulais que le jeu pouvait être le centre de
gravité de toutes ces pratiques.
Cela se passait l’été, à la campagne, une semaine complète,
du matin au soir. C’est une organisation très sérieuse, très écrite, avec une
législation précise pour règle du jeu. Au fur et à mesure des années, des
joueurs sont devenus fidèles, c’est devenu un cercle et s’est mûri d’idée d’une
compagnie. En 2010, la compagnie est née et cela coïncide avec l’arrêt de la
Cie Maguy Marin.
Je me suis servi de l’atelier du joueur pour fabriquer des
spectacles.
Je m’en sers aussi pour les sollicitations pédagogiques, pour
déjouer ce qu’on peut attendre d’un professeur. Je pense souvent à cette
citation : « Enseigner ce n’est pas remplir des vases, c’est allumer
des feux ». Et par le jeu, on peut dynamiser les êtres.
L’artiste travaille le jeu, ce qui peut paraître
contradictoire, mais qui me passionne.
Que doit-on, en soi-même, mettre en place, pour être prêt à
jouer ? Le joueur est pour moi un modèle d’humanité.
Raconte-nous un
souvenir d’enfance lié à ton métier ?
Les sauts à la balançoire dans le jardin. Je ramassais sur
l’herbe tout ce qui pouvait amortir, je prenais le plus grand élan possible et
je sautais !
Sur quoi
travailles-tu lors de ta résidence aux Subsistances ?
J’initie un nouveau projet « Ordinary circus ». Ce
sont les premiers jours de recherche. J’ai le désir d’être seul, ce sera un
solo. Je commence par l’écriture…
Où vas-tu après
Lyon ?
A Grenoble. Pour préparer le spectacle que je suis en train
de construire en Chine. C’est une commande pour travailler avec des artistes
chinois. J’ai choisi de travailler avec des artistes de l’Opéra de Pékin :
des acteurs d’un théâtre musical qui n’a pas d’équivalent ici.
J’y vais car un des mes projets à long terme, c’est
d’acquérir une connaissance pratique du domaine du cirque. J’ai envie de me
réapproprier les histoires du cirque. J’ai l’impression que l’histoire du
cirque est prise en charge par l’extérieur (journalistes ou universitaires) or,
il y a un enjeu pour les artistes à réfléchir sur leurs histoires. Et je veux
traiter cette question sans arrogance.